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L'affaire de Néry

Le mardi 1er septembre 1914

L'affaire de Néry mit aux prises la 1ère Brigade de cavalerie britannique et la 4ème Division de cavalerie allemande le 1er septembre 1914

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L'affaire de Néry

Le mardi 1er septembre 1914

L'affaire de Néry, petit village situé à 15 km au sud de Compiègne, mit aux prises la 1ère Brigade de cavalerie britannique et la 4ème Division de cavalerie allemande le 1er septembre 1914, lors de la retraite de Mons. Au cours de ce combat, un canon de la batterie "L" de la Royal Horse Artillery s'illustra particulièrement, trois de ses servants obtenant la Victoria Cross.

  • L'affaire de Néry

Lors de la bataille de Mons, en Belgique, le 23 août 1914, qui fut le premier engagement majeur de la BEF au cours de la Grande Guerre, où elle perdit 1638 hommes, le corps expéditionnaire britannique fut contraint de se retirer après la retraite soudaine de la 5ème Armée française qui exposait son flanc droit. Après le 26, jour de la bataille de Le Cateau qui fut un duel d'artillerie qui mit hors de combat 7812 Britanniques (dont 700 morts et 2600 prisonniers), débuta alors pour les Britanniques une longue retraite, baptisée la retraite de Mons, en direction du sud, qui devait les mener jusqu'au sud-ouest de Paris.

Le 31 août, la BEF traversa l'Aisne, entre Soissons et Compiègne, suivie par les éléments de la 1ère armée allemande, qu'elle avait combattu à Mons, repérés dans l'après-midi à 20 km au nord-ouest de Compiègne, et passa la nuit à trois endroits différents : le 1er Corps au nord de la forêt de Villers-Cotterêts, le 2ème Corps au sud-ouest de Crépy-en-Valois et le 3ème Corps à l'ouest de Verberie. Pour combler l'espace entre le 2ème et le 3ème corps, la 1ère Brigade de cavalerie, qui était composée * des 2ème et 5ème Dragoon Guards, du 11ème Hussars (soit un peu plus de 1600 cavaliers) et de la batterie L du Royal Horse Artillery composée de 6 canons de 13 livres à tir rapide servis par un peu plus de 200 hommes, bivouaqua à Néry.

A ce moment là, la 4ème Division de cavalerie allemande, composée de 6 régiments pour un total d'un peu plus de 4300 cavaliers, accompagnée d'un bataillon d'artillerie divisionnaire (12 canons) et de deux bataillons de Jäger (infanterie légère) équipés chacun de six mitrailleuses, traversa l'Oise et se dirigea vers Néry sans se douter de la présence des Britanniques qu'ils finirent par découvrir tout en décidant de ne les attaquer que le lendemain à l'aube.

Le village de Néry est dominé à l'ouest et à l'est par des falaises, où passe également un cours d'eau qui y prend sa source avant de se jeter dans l'Automne, une petite rivière, à Béthisy-Saint-Pierre, au nord. Les cavaliers de la 1ère Brigade de cavalerie s'étaient installés dans et autour du village tandis que l'artillerie se trouvait elle à la sucrerie, au sud. Le 1er septembre, les Britanniques avaient prévu de lever le camp dès 4h30 mais à cause d'un épais brouillard, il fut convenu d'attendre une heure trente de plus, les chevaux étant prêts, les canons attelés. A 5h25, une patrouille de hussards qui avait été envoyée en reconnaissance tomba sur une forte concentration de cavaliers allemands et rentra directement au village où on doutait cependant d'une attaque imminente. Un quart d'heure plus tard, provenant des hauteurs à l'est de Néry, des tirs de mitrailleuses et d'artillerie commencèrent à atteindre le village provoquant la panique parmi les chevaux. Sur les six pièces d'artillerie, seules trois purent être mises en position sous le commandement du capitaine Bradbury, alors que le commandant de la batterie, le major Sclater-Booth, venait d'être mis hors de combat. Très vite, deux pièces furent détruites et il ne resta plus qu'un seul canon, sous les ordres du capitaine Bradbury et servi par quatre hommes, dont le sergent Nelson et le sergent-major Dorrell qui furent ses derniers survivants, qui devint la cible de l'artillerie allemande mais qui parvint à tirer jusqu'à 8h00, au moment de l'arrivée des renforts.

Pendant ce temps, les cavaliers s'étaient déployés, sans leur monture, à la limite est du village pour empêcher les Allemands d'avancer tandis que deux escadrons du 5ème Dragoon tentaient de les contourner en opérant une boucle par le nord. L'arrrivée en renfort de la 4ème brigade de cavalerie, avec le soutien de la batterie I et de deux bataillons d'infanterie, força les Allemands à se retirer, laissant sur le terrain huit canons et environ 80 prisonniers capturés par une escadron du 11ème Hussars. Plus tard, plus au sud, la 4ème Division de cavalerie allemande fut également contrainte d'abandonner ses quatre pièces d'artillerie restante ainsi que de nombreux équipements qui l'empêchèrent de jouer un rôle lors de l'avancée allemande en cours sur Paris.

Au cours de cette affaire de Néry, si les pertes pour la 1ère Brigade de cavalerie ne furent pas trop sévères, ce ne fut pas le cas pour la batterie L qui fut presque entièrement détruite, perdant 5 officiers et le quart de ses hommes, et qui obtint l'honneur d'être baptisée "Néry", seule unité ayant reçu une telle distinction au combat. Elle fut renvoyée au pays pour être reformée et ne retourna au combat qu'en avril 1915, à Gallipoli. Pour leur action, trois artilleurs reçurent la Victoria Cross : le capitaine Bradbury, à titre posthume, le sergent Nelson, qui fut tué en avril 1918, et le sergent-major Dorrell qui survécut à la guerre. Quant au dernier canon de la batterie L, il est depuis exposé à l'Imperial War Museum de Londres. Pour les Britanniques, l'affaire de Néry est un succès qui joua un rôle majeur dans la future victoire de la Marne.

* ainsi que le 1er Signal Troop Royal Engineers (génie) et la 1ère Cavalry Brigade Machine Gun Squadron Machine (mitrailleuses)

Crédits photographiques © Wikipedia

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